| |
Je suis inquiet, très, très
inquiet...
Vendredi dernier, à titre de solidarité avec mes collègues
enseignants de l'Université de Paris 8 engagés, en tant
que titulaires et chercheurs de l'Education Nationale, dans une opposition
difficile à Valérie Pécresse, j'ai décidé
de tenir mon cours sur la biodiversité et l'origine de la protection
des espèces et des espaces, que je donne habituellement dans les
locaux du département de Géographie (où j'enseigne
depuis 20 ans), dans l'espace du Jardin des Plantes (Muséum National
d'Histoire Naturelle), là où fut inventée la protection
de la nature.
Une façon, avec ce "cours hors les murs", de faire découvrir
ces lieux aux étudiants et d'être solidaire avec la grogne
actuelle mais sans les pénaliser avant leurs partiels.
Mardi, arrivé à 14 h 30, avant les étudiants, j'ai
eu la surprise de me voir interpeller dés l'entrée franchie
par le chef du service de sécurité, tout en constatant que
les deux portes du 36 rue Geoffroy Saint Hilaire était gardées
par des vigiles..." - Monsieur Vadrot ? - euh...oui - Je suis chargé
de vous signifier que l'accès du Jardin des Plantes vous est interdit.
- Pourquoi ? - Je n'ai pas à vous donner d'explication.... - Pouvez
vous me remettre un papier me signifiant cette interdiction ? - Non, les
manifestations sont interdites dans le Muséum. - Il ne s'agit pas
d'une manifestation, mais d'un cours en plein air, sans la moindre pancarte.
- C'est non ! ".
Les étudiants, qui se baladent déjà dans le jardin,
reviennent vers l'entrée, le lieu du rendez vous. Le cours se fait
donc, pendant une heure et demie, dans la rue, devant l'entrée
du Muséum. Un cours qui porte sur l'histoire du Muséum,
l'histoire de la protection de la nature, sur Buffon.
A la fin du cours, je demande à nouveau à entrer pour effectuer
une visite commentée du jardin. Nouveau refus, seuls les étudiants
peuvent entrer, pas leur enseignant. Ils entrent et, je décide
de tenter ma chance par une autre grille, rue de Buffon. Où je
retrouve des membres du service de sécurité qui, possédant
manifestement mon signalement, comme les premiers, m'interdisent à
nouveau l'entrée.
Evidemment, je finis pas e fâcher et exige, sous peine de bousculer
les vigiles, la présence du Directeur de la surveillance du Jardin
des Plantes. Comme le scandale menace il finit par arriver. D'abord parfaitement
méprisant, il finit pas me réciter mon CV et le contenu
de mon blog. Cela commence à ressembler à un procès
politique, avec descriptions de mes opinions, faits et gestes.
D'autres enseignants du département de Géographie, dont
le Directeur Olivier Archambeau, président du Club des Explorateurs,
Alain Bué et Christian Weiss, insistent et menacent d'un scandale.
Le directeur de la Surveillance, qui me dit agir au nom du Directeur du
Muséum (où je pensais être honorablement connu), commençant
sans doute à discerner le ridicule de sa situation, finit par nous
faire une proposition incroyable, du genre de celle que j'ai pu entendre
autrefois, comme journaliste, en Union soviétique ? : "Ecoutez,
si vous me promettez de ne pas parler de politique à vos étudiants
et aux autres professeurs, je vous laisse entrer et rejoindre les étudiants".
Je promets et, évidemment, ne tiendrai pas cette promesse, tant
le propos est absurde.
J'entre donc avec l'horrible certitude que, d'ordre du directeur et probablement
du ministère de l'Education Nationale, je viens de faire l'objet
d'une "interdiction politique". Pour la première fois
de mon existence, en France. Je n'ai réalisé que plus tard,
après la fin de la visite se terminant au labyrinthe du Jardin
des Plantes, à quel point cet incident était extraordinaire
et révélateur d'un glissement angoissant de notre société.
Rétrospectivement, j'ai eu peur, très peur...
Claude-Marie Vadrot
|
|