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Canalda. Festa de las Navidades
Décembre 1993







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Mars 2002







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Décembre 2000







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Octobre 2003







Pilier de Burgui
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Juin 2002







Canalda. Avec Armando Ballard
Octobre 2003







Peña Montanesa. Poder de la Obsecion
Septembre 2002







Peñon de Ifach
Mai 2004







Montrebey. Totxaires
Juin 2002







Peñon de Ifach
Mai 2004







Peña Montanesa. Poder de la Obsecion
Septembre 2002







Masmut. Avec Cyrille Dupouy
Octobre 2001







Montrebey. Crucero Crosta Dorada
Avril 2004







Falaise d'Arguibelle
Novembre 2001

PANIQUE A SESTOGRAD CITY
Chroniques de l’escalade arudyenne
Morceaux choisis 1972 – 2072


Tout d’abord pourquoi ce titre ? Sestograd City ne doit pas dire grand chose aux jeunes générations. Il s’agit du nom donné affectueusement au rocher-école d’Arudy par Jean Ollivier, Hervé Butel et leurs copains qui sont les inventeurs du site d’escalade à la fin des années 50. C’est aussi un clin d’œil à l’une des voies que j’ai ouverte à la muraille de Pombie. Hors sujet… mais l’Ossau c’est tout prés !

Les années 70

Sûrement les plus belles, les plus exaltantes, ces années-là… Si loin, si proche… Les week-ends à Arudy ponctuaient les années « lycée ». Rite immuable, le samedi après midi nous nous retrouvions en knickers et grosses godasses à la Croix du Prince pour rejoindre notre paradis rocheux en stop. Les cordes ostensiblement lovées sous le rabat du sac à dos attiraient le regard et intriguaient, ça marchait bien. Nous trouvions le cheminement de la Z complexe, presque long. L’ascension du Dièdre des Palois en double corde occupait un après-midi. On remit plusieurs fois à la semaine suivante l’ascension de la Guêpe et de la Directissime. Les grosses lettres rouges qui balisaient le départ nous attiraient, mais la proximité des imposants surplombs jaunes et gris minaient notre moral. Durant la semaine, au fond de la classe, près du radiateur, insensible au bourdonnement professoral, je rêvassais à ces voies encore inaccessibles en les dessinant sur un bout de papier. Souvent, le cours de mathématiques auquel j’étais particulièrement réfractaire me permit de gravir ces lignes effrayantes. Puis un jour, elles tombèrent vraiment. La dimension verticale devenait petit à petit familière, imperceptiblement nous mutions… Il y eut encore de rudes combats, des mythes à détruire, des dragons à terrasser.

La Stephan Sup opposa une sérieuse résistance. Je me souviens encore de la sortie en libre après l’artif. Crucifié, la pointe de la Super Guide posée sur l’ultime boulon, la désescalade dans les planchettes des étriers se révéla impossible. Un vol mémorable conclu cette première tentative. Arudy, à l’époque, était notre univers, notre domaine. « Nous », c’était Christian Desbats, Bernard Puiseux, mes premiers compagnons de cordée et un peu plus tard Dominique Julien. En matière de montagne, hormis les problèmes liés à la neige et à la glace, nous avons tout appris ici. Les heures et les jours passés à arpenter les éboulis gluants du cirque d’Anglas, à grimper et désescalader avec et sans cordes, m’ont sauvé la mise, j’en suis certain, plus d’une fois dans ma carrière montagnarde. Les innombrables bivouacs sur le sol poussiéreux de la grotte du GSIP dans le froid mordant de l’hiver m’ont appris la rusticité et à ne pas trop m’inquiéter sur mon sort à la nuit tombante. En fait, il faut bien l’avouer, ces lieux sont le cadre de mes principales études, les plus importantes à mes yeux, celles qui permettent de ne pas se rendre à la première sommation face aux hostilités que déploient parfois la montagne.

A Arudy, j’ai acquis aussi l’ambition qui permet d’aller au bout de ses rêves. Les rencontres avec Jean Ollivier, maître des lieux au bras d’acier et avec Francis Tomas qui collectionnait les ED comme d’autres enfilent les perles, orientèrent de façon déterminante mon cheminement alpinistique. Face à ces personnages que je considérais mythiques, il fallait faire bonne figure ! Afin d’approcher le monde où ils régnaient, les parcours du Capitan au secteur face nord et de la Cima Ovest à la Fonderie s’imposaient. Rien qu’aux noms de ces voies, l’émotion me submergeait. Je savais ce qu’ils représentaient, j’avais lu des livres et des articles. C’était l’horreur absolue, des lieux réservés aux surhommes : Cassin, Robbins… La lune me semblait plus voisine !

Le Capitan ossalois se montra magnanime, les golots étaient placés à distance raisonnable, seul un pas d’adhérence pour accéder au relais me fournit une cuillère à café d’adrénaline. La grosseur des baquets en sortie de l’impressionnante deuxième longueur me remplit d’enthousiasme et me donna l’assurance d’un président de la République en exercice. Plus aventureuse, plus émotionnante aussi, fut mon ascension de la Cima Ovest. Situé au secteur excentré de la Fonderie, nous ne possédions comme information directe que les commentaires concis et ironiques de Jean Ollivier, inévitable auteur de la première avec Hervé Butel en 1961. L’affaire surplombait, bien évidemment. Traversée, petit pendule, fissure en 6ème degré, rien ne manquait à cette chronique d’une mort annoncée ! De cette journée, je ne me souviens que du marteau qui pendait dans le vide et de la cheminée de sortie qui couronna notre laborieux triomphe. Nous rentrions dans la « Cour des Grands ». Les surplombs livides de la vrai Cima Ovest n’allaient pas tarder à me sembler plus accessibles…

Les années 80 – 90

Les pieds allégés par les chaussons, après la période de transition « Saussois-Super Calcaire », j’avais quitté Arudy ou plutôt je n’y revins que de manière moins régulière. Ce n’était plus « mon » domaine. Là comme ailleurs, petit à petit, l’escalade mutait, elle devenait une pratique moins aventureuse, plus sportive. Un film très esthétique où un beau blond sans corde faisait le malin pendu dans un surplomb en 6a déclencha l’enthousiasme des foules. Dorénavant, on grimpait à mains nues… En maugréant, je mis mes gants au placard.

Solidement médiatisé, ce court-métrage attira un nouveau public, de nouveaux pratiquants. Le calcaire arudyen changea de statut : de rocher-école qui prépare aux bonnes et mauvaises fortunes de l'alpinisme, il devint falaise, c’est à dire stade d’escalade. Qui dit stade, dit sport… Qui dit sport, dit règlement et normes… Il y eut des pleurs et des grincements de dents, il fallut rééquiper… Les pitons de la première longueur de la Soleil furent multipliés par trois, remplacés par des broches ou goujons à l’épreuve des bombes. Les critères d’équipement devaient prendre en compte un public aussi varié qu’enfants en bas âge, femmes enceintes et militaires en uniforme. Cela dit, si les voies faciles ne préparaient plus à la survie sur les grandes murailles, de nouvelles lignes plus gymniques furent ouvertes, renouvelant considérablement l’intérêt de l’endroit. A mes yeux, Arudy avait perdu le charme d’antan, mais était devenu un honnête site d’entraînement proche de mes bases…

L’année 2004

Le calcaire ossalois n’a pas fondu, je prends donc toujours de temps en temps la direction d’Arudy. Je n’ai toujours pas coupé le fil… De nouvelles générations grimpantes ont apparu portant toujours des yeux différents sur notre passion du minéral. Le secteur « x » est moins fréquenté, mais le secteur « y » a repris du poil de la bête… Ainsi vont les choses au gré des modes et des motivations dans le microcosme vertical ! Depuis peu le coin de la Fonderie a subi un sérieux lifting. Un groupe de grimpeur passionné a remis la Cima Ovest au goût du jour. C’est vrai qu’elle surplombe cette Ovest, très sérieusement même. Nous sommes, bien sur, loin du vertige dolomitique… mais les bras apprécient ! Ce qui est génial en escalade, c’est la variété des règles du jeu. Il y a trente ans, ici, mon marteau flottait au vent, aujourd’hui, arc bouté sous le même surplomb, j’attends que les forces reviennent… Même esprit… Autre objectif… Magique… je n’ai pas vieilli, l’enthousiasme est là… Rien n’a bougé… et pourtant si !
Très sincèrement, il y a trente ans, je n’avais pas l’impression d’embêter grand monde en allant grimper.

Peut-être considéré comme un original par certains, comme un inconscient par d’autres, ma démarche suscitait plus de curiosité que de rejet… Ce choix me correspondait, il m’a sauvé probablement d’un parcours existentiel plus chaotique. J’avais l’impression que je vivais en symbiose avec la nature, à son rythme. Bien sûr, de temps à autre, j’ai arraché une herbe qui masquait une prise, coupé un buis incommode. Mais tout cela a repoussé aussi sec. Je sais par expérience que le combat contre la luxuriance est, à Arudy, une bataille perdue d’avance. Ici, le moindre « baquet » est un pot de fleur en puissance. D’Anglas à la Fonderie, j’ai connu des générations d’oiseaux. Comme moi, cela fait belle lurette qu’ils traînent dans le coin. Des grands ducs ont parfois squatté les anfractuosités de la Directissime, d’autres ont préféré s’installer dans une niche vers Aklon. Quant aux corvidés de tout poil, pardon de toute plume, cela fait bien longtemps que leurs croassements ironiques ponctuent mes réussites et mes échecs sur le caillou…

C’est pour cela, que je ne comprends pas très bien la situation présente. Sur le terrain pas grand chose de neuf, mais dans les têtes ça marche plus rond. Aujourd’hui, grimper au vieux secteur de la Fonderie tourne à la catastrophe écologique. Couper quatre buis dérègle les bio-ceci et les bio-cela. Soulever un caillou déstabilise des endémiques à peine répertoriées. J’exagère à peine…Une armada administrato-associative s’empare du problème criant au loup !

Après une réunion menée de main de maître avec cette nébuleuse par un jeune retraité sensé représenter la FF… MEUH, le drapeau blanc a été rapidement hissé. Le rapport de la réunion est concis : ceux sont « eux » qui savent, « ils » sont très puissants… mais victoire… nous n’avons que six mois d’interdiction… Commentaire politique, ça ressemble à un lendemain de régionales à l’UMP ! Résultat des courses, le grimpeur de base n’a toujours pas compris si le grand duc, principal objet du litige a niché, niche ou nichera (s’il le désire !) en ce lieu. Tout cela doit être classé « secret défense » et de toute manière avec les problèmes liés aux principes de précaution et d’antériorité, on s’y perd. Une telle situation porte un nom : c’est le « partage des espaces ». Cette expression superbe à laquelle seule une poignée d’égoïstes indécrottables dont je dois faire partie ne peut adhérer, correspond bien à l’air du temps, celui de la « com » et de la poudre aux yeux. Ce sont des cousins linguistes qui associent « archaïsme » et « protection sociale » ou qui transforment « malléable et corvéable » en « flexible et compétitif ». Un dictionnaire reste à faire… J’avais pourtant l’impression de partager ces espaces avec les bestioles, un sentiment de connivence par voisinage étant pratiquement né… C’était sans compter avec le service d’ordre vert… de gris !

Les années 2005 – 2072

Avertissement : comme la date des années l’indique, ce texte est le fruit de mon imagination. Il prend un ton peut être plus caricatural que les précédents paragraphes. Souhaitons que le futur ne le rejoigne pas, mais méfions nous et réexaminons soigneusement les dessins de Samivel… Hélas… Une source inspire ces lignes : « Globalia », l’œuvre récente de Jean Christophe Rufin. J’en recommande la lecture à tous les adhérents de Passe Murailles et à tous les amoureux de la planète en général.

En 2006, l’interdiction partielle de grimper au secteur de la Fonderie devint définitive. Un chapelet de polémiques et l’arrivée tardive du grand duc sur l’aire officielle de nidification avaient irrité et inquiété les amis de l’oiseau. En fait, la bestiole, partie s’éclater autour des night-clubs d’Ibiza avait traîné sur le chemin du retour. Quatre ans plus tard, la fonderie qui produisait des émanations toxiques pour l’écosystème fut démantelée. Cette histoire tombait à pic, l’homme d’affaire birman qui avait repris les rennes de l’entreprise rêvait de délocaliser l’usine au Turkménistan oriental, là où les gens travaillent « bénévolement ». Il empocha la prime du gouvernement régional qui subventionnait le soi-disant transfert pour la bonne cause et la déposa dare-dare sur un compte bancaire domicilié aux îles Caïman.
Dans les années 30, le « super service de protection environnemental », devenu très puissant, mit le secteur rocheux sous cloche, introduisant sous la verrière qui faisait serre des pélicans du Mali et des toucans du Brésil. Les buis coupés par une bande d’abrutis irresponsables au début du siècle avaient repris de la superbe. Dopés par la chaleur, leurs feuillages effleuraient le sommet d’un 8a+. Celui-ci avait donné du fil à retordre à l’un des imbéciles qui avaient tronçonné le végétal. C’était une belle revanche de la nature !

Au début, la pose de cette coupole m’avait choqué. Je traînais encore dans le secteur, j’aimais regarder de loin cette petite paroi qui m’avait procuré du bonheur. J’éprouvais encore de la nostalgie en pensant aux discussions polémiques sur les cotations et les méthodes… Puis les reflets de l’édifice protecteur masquant les détails qui ravivaient mes souvenirs, je ne revins plus. Ce fut une façon comme une autre de tourner la page. Je grimpais encore de temps à autre, plus par habitude que par goût. Dans les années 30, l’escalade sur rocher naturel n’était plus du tout en odeur de sainteté. Une polémique sur le coût exorbitant des secours avait mis le feu au poudre. La société préférait financer des clubs de sports collectifs aux budgets pharaoniques avec l’argent public. Eux au moins portaient haut les couleurs des multinationales qui nous gouvernaient et calmaient à merveille le « peuple d’en bas » toujours avide de pain et de jeux. Les fédérations qui régissaient nos activités, minées par les querelles intestines, n’avaient pu tenir un discours cohérent face à cette embûche. Rien n’avait abouti de manière favorable pour un maintien satisfaisant de nos activités favorites.
Autre pièce de l’étau qui nous étranglait, les associations de défense de la nature s’étaient multipliées. Beaucoup d’entre-elles pensaient que non encadré, le biotope de l’homme devait être l’asphalte, le béton et les chemins ultra-balisés. Bien entendu elles n’exprimaient pas cet avis d’une manière aussi péremptoire, mais les thèses qu’elles développaient confirmaient que hors des sentiers battus, l’humain était une peste pour le règne végétal et animal. Tout cela arrangeait pas mal les pouvoirs en place. De culture citadine, nos élites contrôlaient ainsi mieux ce que le citoyen pouvait manigancer. Radars et caméras prospéraient… Heureux, les défenseurs du saxifrage, de la mouette rieuse et du trèfle à quatre feuilles étaient gavés de subventions. Ils inondaient les paysages remarquables de panneaux instructifs, dûment logotisés par des marques sponsors.La nature étant protégée par ces vigilants gardiens du temple, les gigantesques entreprises de l’agro-alimentaire bossaient tranquillement, massacrant grâce à leurs nouvelles manipulations génétiques une biodiversité qui reniflait moins les vacances…

A la fonderie, à proximité de la friche industrielle qui subsistait, une marque de graine pour canari expliquait les tribulations du grand duc et de ses acolytes. Un spécialiste en recyclage des eaux usées perçaient les mystères des formations de calcite qu’affectionnaient les grimpeurs des temps jadis. A Arudy, seul un petit secteur autorisé subsistait encore. Situé au Turon, il s’agissait du mur limité à gauche par l’antique arête de la Lune et à droite par la Mégot. J’aimais encore y gravir la Soleil, je ne parcourais d’ailleurs plus que celle-là. Tant de souvenirs s’y rattachaient… Bien que sucrant déjà copieusement les fraises, je ne courais pas grand risque, je la connaissais par cœur. Un énième plan de rééquipement avait une nouvelle fois multiplié les points d’assurances. Pour que le lieu reste homologué, ce qui vu le contexte n’était pas facile, on perçait à 48 mm. La situation jouait en ma faveur : avec ma vue devenue basse, je ne pouvais plus louper les plaquettes !

Au milieu de l’année 2046, je mis définitivement le baudrier au placard, un peu lassé par mes répétitives ascensions de la Soleil. A vrai dire, je ne croisais sur la mini-muraille que des papis de mon genre. L’ambiance me déprimait. Les jeunes préféraient grimper depuis longtemps déjà sur les structures artificielles d’escalade. La gestuelle s’y avérait plus valorisante et l’on était certain de ne pas dégrader le milieu naturel si sensible. Les nouvelles générations n’y trouvaient que des avantages. Dix ans plus tard, la relecture d’un vieux topo-guide de Catalogne m’endormit définitivement…

La cérémonie d’inauguration démarra à 17 heures précises le 18 octobre 2072. Les restes du hangar rouillé qui appartenaient à la défunte fonderie avaient été rasés. A la place, un coquet bâtiment de taille modeste avait été érigé. Il abritait une copie conforme de la falaise voisine où l’on grimpait au début du siècle. Haut de 12 mètres, le modèle réduit en résine réhabilitait la pratique de l’escalade en ces lieux. Un financement conséquent avait été trouvé par la toute nouvelle Fédération Européenne de la Montagne Virtuelle qui remplaçait depuis peu les vieilles organisations devenues obsolètes.

Grâce au plan « Naturkrack 3000 », tous les massifs montagneux du vieux continent avaient été mis sous cloche. La moindre proéminence était ainsi protégée. L’un des derniers lieux à avoir subi ce sort salvateur fut Riglos. Les aragonais résistèrent longtemps aux légitimes mesures de conservation. Les murailles écarlates occupaient une telle place dans l’histoire de l’escalade que l’on y grimpait toujours en 2068. La décision irrévocable de les réserver exclusivement aux rapaces qui y proliféraient ne fut prononcée que deux ans plus tard. Face au désarroi des grimpeurs ibériques encore attachés à l’escalade naturelle parce que mentalement un peu attardés et peu soucieux de l’environnement, il fallut trouver une solution. La fédération dénoua le problème en obtenant des fonds « inter-glocke ». Il suffisait de monter un projet qui intéresse deux régions séparées par une ancienne frontière. Dans ce cas précis l’Aragon et l’Aquitaine étaient concernés. A Riglos, la manne céleste permit de construire un Pison et une Visera de 25 mètres de haut. Un soin particulier fut apporté au détail afin de restituer le toucher si particulier du conglomérat. Les amateurs de vertige ibériques, après avoir râlé, s’en contentèrent.

En Aquitaine, c’est donc le vieux site de la Fonderie qui bénéficia de la généreuse opération conjointe. Profitant du joyeux brouhaha provoqué par la cérémonie inaugurative, un des grands ducs qui ne supportait pas les pélicans et les toucans introduits depuis déjà bien longtemps s’échappa de la cloche. En fait, mon âme habitait ce volatile depuis ma disparition. Attendant que la nuit tombe, planqué dans un bosquet, je pus assister à la sympathique manifestation par son intermédiaire. Après le soda d’honneur (la consommation de pinard avait été interdite en 2050, deux ans après celle des cigarettes), une sommité fédérale prononça un chouette discours qui parlait d’horizons nouveaux et d’amitié transpyrénéenne. Attention touchante, il dévoila une plaque à la mémoire d’un glorieux ancêtre qui par son habileté et son opiniâtreté avait pu maintenir contre vents et marais une pratique partielle de l’escalade sur la véritable falaise durant les années 2004 et 2005. La nouvelle salle d’escalade portait son nom…

La nuit arrivant, le grand duc agita les ailes. Mon âme prit alors la direction du sud.

Paru dans Passe Murailles n°23, avril 2004