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PANIQUE
A SESTOGRAD CITY
Chroniques de l’escalade arudyenne
Morceaux
choisis 1972 – 2072
Tout d’abord pourquoi ce titre ? Sestograd City ne doit pas
dire grand chose aux jeunes générations. Il s’agit
du nom donné affectueusement au rocher-école d’Arudy
par Jean Ollivier, Hervé Butel et leurs copains qui sont
les inventeurs du site d’escalade à la fin des années
50. C’est aussi un clin d’œil à l’une
des voies que j’ai ouverte à la muraille de Pombie.
Hors sujet… mais l’Ossau c’est tout prés
!
Les années 70
Sûrement les plus belles, les plus exaltantes, ces années-là…
Si loin, si proche… Les week-ends à Arudy ponctuaient
les années « lycée ». Rite immuable, le
samedi après midi nous nous retrouvions en knickers et grosses
godasses à la Croix du Prince pour rejoindre notre paradis
rocheux en stop. Les cordes ostensiblement lovées sous le
rabat du sac à dos attiraient le regard et intriguaient,
ça marchait bien. Nous trouvions le cheminement de la Z complexe,
presque long. L’ascension du Dièdre des Palois en double
corde occupait un après-midi. On remit plusieurs fois à
la semaine suivante l’ascension de la Guêpe et de la
Directissime. Les grosses lettres rouges qui balisaient le départ
nous attiraient, mais la proximité des imposants surplombs
jaunes et gris minaient notre moral. Durant la semaine, au fond
de la classe, près du radiateur, insensible au bourdonnement
professoral, je rêvassais à ces voies encore inaccessibles
en les dessinant sur un bout de papier. Souvent, le cours de mathématiques
auquel j’étais particulièrement réfractaire
me permit de gravir ces lignes effrayantes. Puis un jour, elles
tombèrent vraiment. La dimension verticale devenait petit
à petit familière, imperceptiblement nous mutions…
Il y eut encore de rudes combats, des mythes à détruire,
des dragons à terrasser.
La Stephan Sup opposa une sérieuse résistance. Je
me souviens encore de la sortie en libre après l’artif.
Crucifié, la pointe de la Super Guide posée sur l’ultime
boulon, la désescalade dans les planchettes des étriers
se révéla impossible. Un vol mémorable conclu
cette première tentative. Arudy, à l’époque,
était notre univers, notre domaine. « Nous »,
c’était Christian Desbats, Bernard Puiseux, mes premiers
compagnons de cordée et un peu plus tard Dominique Julien.
En matière de montagne, hormis les problèmes liés
à la neige et à la glace, nous avons tout appris ici.
Les heures et les jours passés à arpenter les éboulis
gluants du cirque d’Anglas, à grimper et désescalader
avec et sans cordes, m’ont sauvé la mise, j’en
suis certain, plus d’une fois dans ma carrière montagnarde.
Les innombrables bivouacs sur le sol poussiéreux de la grotte
du GSIP dans le froid mordant de l’hiver m’ont appris
la rusticité et à ne pas trop m’inquiéter
sur mon sort à la nuit tombante. En fait, il faut bien l’avouer,
ces lieux sont le cadre de mes principales études, les plus
importantes à mes yeux, celles qui permettent de ne pas se
rendre à la première sommation face aux hostilités
que déploient parfois la montagne.
A Arudy, j’ai acquis aussi l’ambition qui permet d’aller
au bout de ses rêves. Les rencontres avec Jean Ollivier, maître
des lieux au bras d’acier et avec Francis Tomas qui collectionnait
les ED comme d’autres enfilent les perles, orientèrent
de façon déterminante mon cheminement alpinistique.
Face à ces personnages que je considérais mythiques,
il fallait faire bonne figure ! Afin d’approcher le monde
où ils régnaient, les parcours du Capitan au secteur
face nord et de la Cima Ovest à la Fonderie s’imposaient.
Rien qu’aux noms de ces voies, l’émotion me submergeait.
Je savais ce qu’ils représentaient, j’avais lu
des livres et des articles. C’était l’horreur
absolue, des lieux réservés aux surhommes : Cassin,
Robbins… La lune me semblait plus voisine !
Le Capitan ossalois se montra magnanime, les golots étaient
placés à distance raisonnable, seul un pas d’adhérence
pour accéder au relais me fournit une cuillère à
café d’adrénaline. La grosseur des baquets en
sortie de l’impressionnante deuxième longueur me remplit
d’enthousiasme et me donna l’assurance d’un président
de la République en exercice. Plus aventureuse, plus émotionnante
aussi, fut mon ascension de la Cima Ovest. Situé au secteur
excentré de la Fonderie, nous ne possédions comme
information directe que les commentaires concis et ironiques de
Jean Ollivier, inévitable auteur de la première avec
Hervé Butel en 1961. L’affaire surplombait, bien évidemment.
Traversée, petit pendule, fissure en 6ème degré,
rien ne manquait à cette chronique d’une mort annoncée
! De cette journée, je ne me souviens que du marteau qui
pendait dans le vide et de la cheminée de sortie qui couronna
notre laborieux triomphe. Nous rentrions dans la « Cour des
Grands ». Les surplombs livides de la vrai Cima Ovest n’allaient
pas tarder à me sembler plus accessibles…
Les années 80 – 90
Les pieds allégés par les chaussons, après
la période de transition « Saussois-Super Calcaire
», j’avais quitté Arudy ou plutôt je n’y
revins que de manière moins régulière. Ce n’était
plus « mon » domaine. Là comme ailleurs, petit
à petit, l’escalade mutait, elle devenait une pratique
moins aventureuse, plus sportive. Un film très esthétique
où un beau blond sans corde faisait le malin pendu dans un
surplomb en 6a déclencha l’enthousiasme des foules.
Dorénavant, on grimpait à mains nues… En maugréant,
je mis mes gants au placard.
Solidement médiatisé, ce court-métrage attira
un nouveau public, de nouveaux pratiquants. Le calcaire arudyen
changea de statut : de rocher-école qui prépare aux
bonnes et mauvaises fortunes de l'alpinisme, il devint falaise,
c’est à dire stade d’escalade. Qui dit stade,
dit sport… Qui dit sport, dit règlement et normes…
Il y eut des pleurs et des grincements de dents, il fallut rééquiper…
Les pitons de la première longueur de la Soleil furent multipliés
par trois, remplacés par des broches ou goujons à
l’épreuve des bombes. Les critères d’équipement
devaient prendre en compte un public aussi varié qu’enfants
en bas âge, femmes enceintes et militaires en uniforme. Cela
dit, si les voies faciles ne préparaient plus à la
survie sur les grandes murailles, de nouvelles lignes plus gymniques
furent ouvertes, renouvelant considérablement l’intérêt
de l’endroit. A mes yeux, Arudy avait perdu le charme d’antan,
mais était devenu un honnête site d’entraînement
proche de mes bases…
L’année 2004
Le calcaire ossalois n’a pas fondu, je prends donc toujours
de temps en temps la direction d’Arudy. Je n’ai toujours
pas coupé le fil… De nouvelles générations
grimpantes ont apparu portant toujours des yeux différents
sur notre passion du minéral. Le secteur « x »
est moins fréquenté, mais le secteur « y »
a repris du poil de la bête… Ainsi vont les choses au
gré des modes et des motivations dans le microcosme vertical
! Depuis peu le coin de la Fonderie a subi un sérieux lifting.
Un groupe de grimpeur passionné a remis la Cima Ovest au
goût du jour. C’est vrai qu’elle surplombe cette
Ovest, très sérieusement même. Nous sommes,
bien sur, loin du vertige dolomitique… mais les bras apprécient
! Ce qui est génial en escalade, c’est la variété
des règles du jeu. Il y a trente ans, ici, mon marteau flottait
au vent, aujourd’hui, arc bouté sous le même
surplomb, j’attends que les forces reviennent… Même
esprit… Autre objectif… Magique… je n’ai
pas vieilli, l’enthousiasme est là… Rien n’a
bougé… et pourtant si !
Très sincèrement, il y a trente ans, je n’avais
pas l’impression d’embêter grand monde en allant
grimper.
Peut-être considéré comme un original par certains,
comme un inconscient par d’autres, ma démarche suscitait
plus de curiosité que de rejet… Ce choix me correspondait,
il m’a sauvé probablement d’un parcours existentiel
plus chaotique. J’avais l’impression que je vivais en
symbiose avec la nature, à son rythme. Bien sûr, de
temps à autre, j’ai arraché une herbe qui masquait
une prise, coupé un buis incommode. Mais tout cela a repoussé
aussi sec. Je sais par expérience que le combat contre la
luxuriance est, à Arudy, une bataille perdue d’avance.
Ici, le moindre « baquet » est un pot de fleur en puissance.
D’Anglas à la Fonderie, j’ai connu des générations
d’oiseaux. Comme moi, cela fait belle lurette qu’ils
traînent dans le coin. Des grands ducs ont parfois squatté
les anfractuosités de la Directissime, d’autres ont
préféré s’installer dans une niche vers
Aklon. Quant aux corvidés de tout poil, pardon de toute plume,
cela fait bien longtemps que leurs croassements ironiques ponctuent
mes réussites et mes échecs sur le caillou…
C’est pour cela, que je ne comprends pas très bien
la situation présente. Sur le terrain pas grand chose de
neuf, mais dans les têtes ça marche plus rond. Aujourd’hui,
grimper au vieux secteur de la Fonderie tourne à la catastrophe
écologique. Couper quatre buis dérègle les
bio-ceci et les bio-cela. Soulever un caillou déstabilise
des endémiques à peine répertoriées.
J’exagère à peine…Une armada administrato-associative
s’empare du problème criant au loup !
Après une réunion menée de main de maître
avec cette nébuleuse par un jeune retraité sensé
représenter la FF… MEUH, le drapeau blanc a été
rapidement hissé. Le rapport de la réunion est concis
: ceux sont « eux » qui savent, « ils »
sont très puissants… mais victoire… nous n’avons
que six mois d’interdiction… Commentaire politique,
ça ressemble à un lendemain de régionales à
l’UMP ! Résultat des courses, le grimpeur de base n’a
toujours pas compris si le grand duc, principal objet du litige
a niché, niche ou nichera (s’il le désire !)
en ce lieu. Tout cela doit être classé « secret
défense » et de toute manière avec les problèmes
liés aux principes de précaution et d’antériorité,
on s’y perd. Une telle situation porte un nom : c’est
le « partage des espaces ». Cette expression superbe
à laquelle seule une poignée d’égoïstes
indécrottables dont je dois faire partie ne peut adhérer,
correspond bien à l’air du temps, celui de la «
com » et de la poudre aux yeux. Ce sont des cousins linguistes
qui associent « archaïsme » et « protection
sociale » ou qui transforment « malléable et
corvéable » en « flexible et compétitif
». Un dictionnaire reste à faire… J’avais
pourtant l’impression de partager ces espaces avec les bestioles,
un sentiment de connivence par voisinage étant pratiquement
né… C’était sans compter avec le service
d’ordre vert… de gris !
Les années 2005 – 2072
Avertissement : comme la date des années l’indique,
ce texte est le fruit de mon imagination. Il prend un ton peut être
plus caricatural que les précédents paragraphes. Souhaitons
que le futur ne le rejoigne pas, mais méfions nous et réexaminons
soigneusement les dessins de Samivel… Hélas…
Une source inspire ces lignes : « Globalia », l’œuvre
récente de Jean Christophe Rufin. J’en recommande la
lecture à tous les adhérents de Passe Murailles et
à tous les amoureux de la planète en général.
En 2006, l’interdiction partielle de grimper au secteur de
la Fonderie devint définitive. Un chapelet de polémiques
et l’arrivée tardive du grand duc sur l’aire
officielle de nidification avaient irrité et inquiété
les amis de l’oiseau. En fait, la bestiole, partie s’éclater
autour des night-clubs d’Ibiza avait traîné sur
le chemin du retour. Quatre ans plus tard, la fonderie qui produisait
des émanations toxiques pour l’écosystème
fut démantelée. Cette histoire tombait à pic,
l’homme d’affaire birman qui avait repris les rennes
de l’entreprise rêvait de délocaliser l’usine
au Turkménistan oriental, là où les gens travaillent
« bénévolement ». Il empocha la prime
du gouvernement régional qui subventionnait le soi-disant
transfert pour la bonne cause et la déposa dare-dare sur
un compte bancaire domicilié aux îles Caïman.
Dans les années 30, le « super service de protection
environnemental », devenu très puissant, mit le secteur
rocheux sous cloche, introduisant sous la verrière qui faisait
serre des pélicans du Mali et des toucans du Brésil.
Les buis coupés par une bande d’abrutis irresponsables
au début du siècle avaient repris de la superbe. Dopés
par la chaleur, leurs feuillages effleuraient le sommet d’un
8a+. Celui-ci avait donné du fil à retordre à
l’un des imbéciles qui avaient tronçonné
le végétal. C’était une belle revanche
de la nature !
Au début, la pose de cette coupole m’avait choqué.
Je traînais encore dans le secteur, j’aimais regarder
de loin cette petite paroi qui m’avait procuré du bonheur.
J’éprouvais encore de la nostalgie en pensant aux discussions
polémiques sur les cotations et les méthodes…
Puis les reflets de l’édifice protecteur masquant les
détails qui ravivaient mes souvenirs, je ne revins plus.
Ce fut une façon comme une autre de tourner la page. Je grimpais
encore de temps à autre, plus par habitude que par goût.
Dans les années 30, l’escalade sur rocher naturel n’était
plus du tout en odeur de sainteté. Une polémique sur
le coût exorbitant des secours avait mis le feu au poudre.
La société préférait financer des clubs
de sports collectifs aux budgets pharaoniques avec l’argent
public. Eux au moins portaient haut les couleurs des multinationales
qui nous gouvernaient et calmaient à merveille le «
peuple d’en bas » toujours avide de pain et de jeux.
Les fédérations qui régissaient nos activités,
minées par les querelles intestines, n’avaient pu tenir
un discours cohérent face à cette embûche. Rien
n’avait abouti de manière favorable pour un maintien
satisfaisant de nos activités favorites.
Autre pièce de l’étau qui nous étranglait,
les associations de défense de la nature s’étaient
multipliées. Beaucoup d’entre-elles pensaient que non
encadré, le biotope de l’homme devait être l’asphalte,
le béton et les chemins ultra-balisés. Bien entendu
elles n’exprimaient pas cet avis d’une manière
aussi péremptoire, mais les thèses qu’elles
développaient confirmaient que hors des sentiers battus,
l’humain était une peste pour le règne végétal
et animal. Tout cela arrangeait pas mal les pouvoirs en place. De
culture citadine, nos élites contrôlaient ainsi mieux
ce que le citoyen pouvait manigancer. Radars et caméras prospéraient…
Heureux, les défenseurs du saxifrage, de la mouette rieuse
et du trèfle à quatre feuilles étaient gavés
de subventions. Ils inondaient les paysages remarquables de panneaux
instructifs, dûment logotisés par des marques sponsors.La
nature étant protégée par ces vigilants gardiens
du temple, les gigantesques entreprises de l’agro-alimentaire
bossaient tranquillement, massacrant grâce à leurs
nouvelles manipulations génétiques une biodiversité
qui reniflait moins les vacances…
A la fonderie, à proximité de la friche industrielle
qui subsistait, une marque de graine pour canari expliquait les
tribulations du grand duc et de ses acolytes. Un spécialiste
en recyclage des eaux usées perçaient les mystères
des formations de calcite qu’affectionnaient les grimpeurs
des temps jadis. A Arudy, seul un petit secteur autorisé
subsistait encore. Situé au Turon, il s’agissait du
mur limité à gauche par l’antique arête
de la Lune et à droite par la Mégot. J’aimais
encore y gravir la Soleil, je ne parcourais d’ailleurs plus
que celle-là. Tant de souvenirs s’y rattachaient…
Bien que sucrant déjà copieusement les fraises, je
ne courais pas grand risque, je la connaissais par cœur. Un
énième plan de rééquipement avait une
nouvelle fois multiplié les points d’assurances. Pour
que le lieu reste homologué, ce qui vu le contexte n’était
pas facile, on perçait à 48 mm. La situation jouait
en ma faveur : avec ma vue devenue basse, je ne pouvais plus louper
les plaquettes !
Au milieu de l’année 2046, je mis définitivement
le baudrier au placard, un peu lassé par mes répétitives
ascensions de la Soleil. A vrai dire, je ne croisais sur la mini-muraille
que des papis de mon genre. L’ambiance me déprimait.
Les jeunes préféraient grimper depuis longtemps déjà
sur les structures artificielles d’escalade. La gestuelle
s’y avérait plus valorisante et l’on était
certain de ne pas dégrader le milieu naturel si sensible.
Les nouvelles générations n’y trouvaient que
des avantages. Dix ans plus tard, la relecture d’un vieux
topo-guide de Catalogne m’endormit définitivement…
La cérémonie d’inauguration démarra à
17 heures précises le 18 octobre 2072. Les restes du hangar
rouillé qui appartenaient à la défunte fonderie
avaient été rasés. A la place, un coquet bâtiment
de taille modeste avait été érigé. Il
abritait une copie conforme de la falaise voisine où l’on
grimpait au début du siècle. Haut de 12 mètres,
le modèle réduit en résine réhabilitait
la pratique de l’escalade en ces lieux. Un financement conséquent
avait été trouvé par la toute nouvelle Fédération
Européenne de la Montagne Virtuelle qui remplaçait
depuis peu les vieilles organisations devenues obsolètes.
Grâce au plan « Naturkrack 3000 », tous les massifs
montagneux du vieux continent avaient été mis sous
cloche. La moindre proéminence était ainsi protégée.
L’un des derniers lieux à avoir subi ce sort salvateur
fut Riglos. Les aragonais résistèrent longtemps aux
légitimes mesures de conservation. Les murailles écarlates
occupaient une telle place dans l’histoire de l’escalade
que l’on y grimpait toujours en 2068. La décision irrévocable
de les réserver exclusivement aux rapaces qui y proliféraient
ne fut prononcée que deux ans plus tard. Face au désarroi
des grimpeurs ibériques encore attachés à l’escalade
naturelle parce que mentalement un peu attardés et peu soucieux
de l’environnement, il fallut trouver une solution. La fédération
dénoua le problème en obtenant des fonds « inter-glocke
». Il suffisait de monter un projet qui intéresse deux
régions séparées par une ancienne frontière.
Dans ce cas précis l’Aragon et l’Aquitaine étaient
concernés. A Riglos, la manne céleste permit de construire
un Pison et une Visera de 25 mètres de haut. Un soin particulier
fut apporté au détail afin de restituer le toucher
si particulier du conglomérat. Les amateurs de vertige ibériques,
après avoir râlé, s’en contentèrent.
En Aquitaine, c’est donc le vieux site de la Fonderie qui
bénéficia de la généreuse opération
conjointe. Profitant du joyeux brouhaha provoqué par la cérémonie
inaugurative, un des grands ducs qui ne supportait pas les pélicans
et les toucans introduits depuis déjà bien longtemps
s’échappa de la cloche. En fait, mon âme habitait
ce volatile depuis ma disparition. Attendant que la nuit tombe,
planqué dans un bosquet, je pus assister à la sympathique
manifestation par son intermédiaire. Après le soda
d’honneur (la consommation de pinard avait été
interdite en 2050, deux ans après celle des cigarettes),
une sommité fédérale prononça un chouette
discours qui parlait d’horizons nouveaux et d’amitié
transpyrénéenne. Attention touchante, il dévoila
une plaque à la mémoire d’un glorieux ancêtre
qui par son habileté et son opiniâtreté avait
pu maintenir contre vents et marais une pratique partielle de l’escalade
sur la véritable falaise durant les années 2004 et
2005. La nouvelle salle d’escalade portait son nom…
La nuit arrivant, le grand duc agita les ailes. Mon âme prit
alors la direction du sud.
Paru dans Passe Murailles n°23, avril 2004
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